30 juin 2008
Il y a des visages plus beaux que le masque qui les couvre (J.-J. Rousseau)
Il y a peu j'ai reçu une lettre sur laquelle était écrit : "Rendez-vous au théâtre de bois et quand vos yeux auront percé le noir de la scène, je viendrai à vous masqué !". Je me suis assis dans les tribunes, parmi les spectateurs et j'ai attendu. Lorsque la pénombre et le silence se sont installés, mon coeur s'est mis à battre. J'étais inquiet, anxieux. Puis il est apparu glissant de derrière le rideau cramoisi. Un masque rouge cachait son visage. Il a déclamé son texte et moi j'étais fier de lui. Je le trouvais beau et j'aurais pu tomber amoureux de lui, si cela n'avait déjà eté fait. D'ailleurs je crois que ce soir-là j'ai retrouvé les yeux du transi qui, l'année précédente, répétait au comédien qu'il aimait :"Tu es beau ! tu es beau !". Je crois que ce soir-là les sentiments que j'avais violemment réprimés une après-midi de colère auraient pu renaître....
Ps : Quelques jours plus tard, j'appris que dans la salle se trouvait également celui pour qui battait le coeur de mon saltimbanque. Alors ma collègue chérie à qui je confiais mon infortune me répondit : "Cette fois les carottes sont cuites !".
26 août 2007
La vie consiste à jongler sur une corde raide (R. Dubos)
Le jongleur ! Oui le jongleur de notre cirque ! Eh bien il a été licencié par le directeur. Oui ce matin-même ! Le directeur en avait plus qu'assez. J'ai tout vu. J'ai assisté à la scène. Le jongleur jonglait avec ses massues près du directeur qui assistait aux répétitions. Quand, tout à coup, le jongleur a fait tomber l'une de ses massues sur le pied du directeur. Il s'est baissé et l'a ramassée mais ne s'est pas excusé. Le directeur n'a pas apprécié et s'est rapidement emporté, lançant au jongleur qu'on n'agissait pas ainsi, que c'était de l'indifférence, pis du mépris. Puis l'a licencié aussi sec. Je n'aime pas voir quelqu'un se faire réprimander, même s'il l'a mérité. Cela faisait plusieurs années qu'il travaillait avec nous. Mais pas directement avec moi. Nous nous disions bonjour et c'est tout. Je ne sais pas ce qu'il pensait de moi. Moi je l'aimais bien le jongleur, car, parfois, il me faisait rire. C'était un solitaire le jongleur et il est parti sans rien dire.
02 mai 2007
La vie ne fait pas semblant (Daphné)
"Talalalalala tada tadala talalalala lala. Ami je n'ai pas de pays, je suis de là bas et d'ici, mes amours sont dans les étoiles, des fois j'en suis inconsolable et quand mes yeux pleurent d'autres fois c'est d'un pays qui ne se voit pas, et quand mes yeux pleurent d'autres fois c'est un pays que toi tu vois".
J'ai ouvert les yeux encore tout enivré de la nuit passée et me suis réveillé croyant le trouver à mes côtés. Il n'y était plus ! Mon bel acrobate avait disparu ! Je me suis levé demi-nu et suis sorti de la roulotte : personne ! J'ai couru à la ménagerie, regarder sur la piste, sous le chapiteau : mon trapéziste n'y était pas. J'ai crié son nom dans le petit matin encore fumant. Il ne m'a pas répondu. Revenant près de chez moi, je me suis assis près du feu qui brûlait encore. La roulotte était grande ouverte et le froid y prenait déjà ses quartiers. J'ai mis mes mains sur mes oreilles et j'ai hurlé : Pourquoi ? Deux merles sont venus à moi et m'ont répondu : "Pleure homme, pleure ; verse des larmes de douleur, et apprends combien ton empire a changé !".
21 février 2007
On se jette, on se lance, on rentre dans la danse (Clarika)
Je ne l'avais pas remarqué. Dieu sait pourtant que j'en ai passé des heures à scruter, depuis les tribunes, les spectateurs de notre petit cirque. Souvent je me suis pris à rêver de pouvoir trouver un autre partenaire. Parce que, voyez-vous, le trapèze c'est quelque chose qui vous marque au corps. Et puis... je ne sais pas... il s'est présenté à moi comme ça, tout simplement, avec ses yeux bleus océan et il m'a dit : "Je suis trapéziste également. Cela vous dirait de vous élancer avec moi dans les airs ?". J'étais stupéfait ! Je suis resté de longues minutes à le regarder. Pourquoi cet inconnu voudrait-il former avec moi le nouveau duo de trapézistes du cirque ? Je lui ai posé la question. Il m'a répondu : "Pourquoi pas ? Vivons le moment présent et voyons si cela fonctionne !". J'avoue que j'ai été séduit par cette réponse. Moi qui croyais ne plus jamais remonter sur un trapèze... eh bien, j'y suis retourné. Bien sûr, au début, on hésite, on regarde en bas, on mesure la profondeur qui nous sépare de la terre, et puis, finalement, on (re)prend confiance et on se jette dans les bras de son partenaire. Qu'il est agréable d'exercer à nouveau le dur métier de trapéziste. Qu'il est rassurant d'être (re)tenu par un artiste qui connaît son affaire. Qu'il est doux le baiser qui vient récompenser les efforts de la journée. Oui, il est vrai qu'avec d'autres j'ai crié qu'on ne m'y reprendrait plus. Beaucoup des artistes de notre cirque ne m'ont pas compris. D'autres m'ont encouragé et m'ont dit : "Laisse-toi porter !". Ce que j'ai fait...
15 janvier 2007
Please hang up and try again ! (Madonna)
Parfois, quand je suis assis, dans les tribunes de notre petit cirque, je remarque un visage qui me plaît, celui d'un spectateur pas comme les autres. Je ne peux alors m'empêcher de fixer ce visage du coin de l'oeil, comme si je ne devais pas attirer l'attention de ma cible. Mais parfois cela rate, car je ne suis pas toujours discret. Alors le spectateur me scrute à son tour. Malheureusement pour moi, je ne parviens jamais à soutenir son regard : la situation me met très vite mal à l'aise car je suis souvent timide. Je fais comme si de rien n'était et, intérieurement, je me maudis de ne pas pouvoir m'enhardir. Tout ça, par peur de quoi ? D'être pris en défaut, de rougir... Je finis par concentrer mon attention sur la piste du cirque et laisse ma proie choisir son camp. On ne s'étonnera pas à la lecture de ce billet que votre trapéziste soit encore célibataire.
11 janvier 2007
What the Fuck Am I Doing on This Battlefield (Matt Elliott)
Depuis ce jour - fameux - où je n'ai pas réussi, dans mon élan, à saisir les mains de mon partenaire et que, du haut du chapiteau, j'ai plongé dans le vide, je n'ai plus jamais exercé mon métier de trapéziste. J'ai bien essayé de me lancer à nouveau, mais non... je reste assis sur la barre du trapèze, à balancer mes pieds dans le néant. Désormais je suis spectateur : je regarde les autres évoluer dans les airs. Certains se débrouillent très bien, et depuis fort longtemps. J'admire leurs prouesses. D'autres, novices, se jettent avec ardeur et ne manquent pas de courage. Je leur souhaite un franc succès. En vérité, il ne s'agit pas d'un manque de confiance (ce moment de doute est passé... fort heureusement) mais d'une absence totale d'envie. Le métier de trapéziste est un métier qui demande tant de précisions, de volonté, d'efforts, de travail, d'obstination... que, passé un certain âge, on a beaucoup de mal à se remettre en selle (comme dirait l'ecuyère). Oh probablement cette envie, ce désir reviendront-ils dans quelque temps. Après tout, qui sait de quoi demain sera fait ? Et puis "la passion, ça vous cheville un homme au corps" me lance, chaque soir, l'ouvreuse qui, elle aussi, en a bavé des ronds de chapeau... Peut-être... En attendant, comme Barbara, je chante : Moi j'm'en balance, Je m'balance, j'm'en balance, je m'balannnnceee.
