09 août 2008
Le soleil est nouveau tous les jours (Héraclite d'Ephèse)
Les rues de Portici étaient baignées d'une douce torpeur. Leurs grosses dalles de basalte, écrasées de chaleur, gémissaient lentement. Dans le port, une eau bleue lançait de longs reflets argentés sur les coques des bateaux. Tout en réparant leurs vieux filets de pêche, quelques marins tranquilles nous ont regardé marcher le long du quai. Au loin, majestueux et paré de son habit vert, le Vésuve dominait les hommes et soupirait d'aise. Puis, sur le rivage baigné de lumière, nous nous sommes assis sur de grosses masses de béton et nous avons contemplé la mer : longuement, silencieusement, comme hypnotisés par la vision de cette baie qui s'offrait à nous, comme irradiés par l'astre solaire qui nous caressait de ses rayons dorés. Un ciel pâle et transfiguré semblait vouloir nous lover dans ses bras et j'aurais aimé que nous soyons - moins infortunés cependant - comme les habitants de l'Herculanum si proche, figés à tout jamais dans la terre, oui, certainement figés dans ce qui me paraissait être, alors, l'illustration même du bonheur.
Etre statufié de son vivant, ça vous pétrifie (L. Scutenaire)
Je me suis mis à courir et c'est haletant que je suis arrivé au pied de l'immeuble. D'une main fébrile, j'ai poussé le grand battant de bois qui me séparait des escaliers. J'ai gravi ces derniers comme s'il s'était agi d'une montagne et je suis parvenu au dernier des six étages. Mon corps tremblait et mon coeur semblait prêt à vaciller. L'émotion prenait le pas sur la raison et c'est avec difficulté que je parvins à ouvrir la porte de mon appartement. Cet obstacle dépassé, je me ruais dans le salon, tournoyais sur moi-même sans pouvoir m'arrêter et poussais des cris d'effroi. Quand le calme fut revenu, je m'approchais du miroir et, saisi par le regard furieux que j'y découvrais, je fus pétrifié de mon vivant. Louis venait de rompre...

